Il y avait, dans l’temps, une fête qu’on appelait Noël. Comme on aurait pu dire Anastasie ou Philippine. Ce qui aurait sûrement changé le cours des choses. Aussi on en resta à Noël. La fête donc se déroulait par une nuit sans lune. S’il n’y avait pas de lune, c’était pour que l’étoile brille de tous ses feux. Parce qu’il y avait une étoile. Alors les gens s’étonnaient. Etoile, tu es toute blanche, tu manques de punch ! Et ils lui offraient des oranges. Etoile, tu es toute froide, tu vas tomber malade ! Et ils allumaient des bougies. Etoile, tu es toute seule, tu dois être triste ! Et ils amenaient leurs enfants. Et c’était terrible. Pour l’étoile. Oranges, bougies, enfants … de quoi flipper toute la nuit et celles d’après.
Aussi, quand les visiteurs aux plumes sont arrivés, l’étoile a bafouillé siouplé donnez-moi de l’étrange, du secret, du divin, du rêve enfin ! Faites Noël … ou bien j’vais m’éteindre ! Ils avaient sous le coude du drôle, du triste aussi, du souvenir, de quoi crier, de quoi chanter, enfin. A plusieurs voix. Ce qu’ils ont fait. Il ne reste maintenant qu’à leur rendre hommage.
Pas un mot depuis, oh, depuis au moins deux siècles. Oui elle exagère, l'a toujours exagéré s'agissant du temps, pas le temps qu'il fait, le temps qui passe, qui se mesure, deux siècles ça doit faire beaucoup de kilomètres, ça. Pas un seul mot donc. Même pas un signe. Je ne sais pas, moi, un point d'interrogation, comme un signal de fumée. Ou trois points de suspension... ô temps suspends ton vol ! Ou bien, oui, tiens une virgule, c'est joli une virgule, se sentir virgule de l'univers. Mais non, rien. Pas un mot, pas un signe, même pas une bulle de savon. Il a dû se transformer en caillou, se dit-elle. Oui c'est ça, il est devenu caillou, chou, genou, hibou, joujou...
Le caillou – Mû
Du balcon gendarmé de barreaux de bois au quatrième perché, je le voyais mon pauvre transitoire. Mon invalide d'amour. Ma gueule cassée. Bien sûr, il était borgne en plus d'être manchot. Même, au fil des ans, il avait développé une inquiétante pelade à force de caresses. Certes, de nos jours, il aurait été condamné sans appel par Monsieur Norme Française, oui, oui, il était vraiment très laid, cabossé par sa vie d'intrépide. Mais qu'importe le flacon pourvu qu'on ait le réconfort. Et surtout, c'était le mien. Mon ours.
Et pour l'heure, il gisait tragique, sur le couvercle gris de la poubelle...
Et la voilà, la gosse de quatre ans, moins haute qu'une botte de son père - ces affreuses jambes de grenouille qu'il chausse pour la pêche - dévalant ventre à terre le dangereux colimaçon de l'escalier. Le cœur battant à se rompre de l’imminence de la perte, elle s'en va sauver le naufragé du rebut.
Puis, elle cache le clandestin dans la pièce débarras où elle perpètre d'ordinaire ses forfaits. Cette pièce aux murs nus sans chauffage que l'hiver lui interdit. Étrange grenier improvisé, éclairé par une fenêtre ouverte elle-même sur un lieu clos. Un puits de lumière étroit fermé tout en haut par une verrière, ménagé entre plusieurs vieilles bicoques. Lorsqu'elle s'y penche, à deux mètres en-dessous elle entre chez le voisin. C'est dans cette pièce qu'elle apprend la cuisine. Un peu d'eau et de farine volées qu'elle touille soigneusement en bouillie élastique pour nourrir son baigneur qui n'est pas difficile. Parfois, elle oublie cette tambouille, elle peut alors observer avec des airs scientifiques, la belle chevelure verte qui pousse allègre dans les menues assiettes en porcelaine.
Le sursis dure quelques jours, mais la mère est suspicieuse. Et puis, elle connaît bien l'enfant qui ne sait pas dissimuler sa culpabilité. Elle les surprend embrassés, et la lionne se hérisse de colère. Elle crie, la môme lui tient tête, mais la raison du plus fort est la raison du plus fort. « Moche et sale, nid à microbes » La sentence est tombée. Elle repart avec le condamné sous le bras, poursuivie par des hurlements d'écorchée et des suppliques.
Elle descend les quatre étages presque sans toucher terre, comme un ange vengeur porté sur l'aile du courroux. Il n'est pas dit que l'enfant ne pliera pas sous sa loi.
Mon ours, mon précieux, est enfourné sans ménagement dans la gueule noire de la poubelle. D'en haut, je le vois disparaître, me jurant d'aller le récupérer dès qu'elle aura le dos tourné. Las ! Les éboueurs n'étaient pas encore passés. Ils arrivent sur ces entrefaites, l'un d'eux ouvre la poubelle et apercevant le vieux plantigrade, l'en retire, parle à son collègue, et fourre l'ours dans le grand sac où il entasse tous ces trésors qu'on jette. Horreur !Mon ours est perdu pour toujours.
L’ours – Epinéphrine
Qui m'enlace des reflets de ses baisers
Et cherche le lait à ma bouche suspendu,
Gesticulant ses colères
A briser le miroir
De mon front fatigué,
Ses regards surgissent
Et dessinent les blancs
Honnis des caresses refusées.
Cet enfant-là, mon tumulte,Rêve de comptines,
Enfoui dans la niche de mes seins,
S'agrippant comme une entaille,
Un buisson d'épines, luminescent.
Sauve-toi – Détroit Sud
Le pot au feu, le dimanche soir quand il bruine, c’est quelque chose d'un peu intime, limite sérieux. On parlera littérature. Il y aura des silences. Des regards qui se perdent dans les flammes… Pour quelques heures, la vie en rose.Le rose subtil des navets…
Pot au feu – Les larmes et autres bonheurs immenses
- Bouge tes fesses un peu, et vas-y !
- Naaaaaaan !! Y va me faire des trous partout, enfoncer des z'aiguilles, taper au marteau !
-
Rhooo !! Lillie, arrête donc tes bêtises et file !- Ouuuuuuuuuuh-ouh-ouh-ouuuuuuuuh !! Y va m'arracher une dent, c'est sûûûûr ! Je vais revenir défigurée, anesthésiée à moitié, la bouche en biais. Je vais baver que d'un côté, avec la langue de dehors ! Je serai affreuse et toi traumatisée, et tu vas plus m'aimer, et tu vas te MOQUER !! Et en plus, je vais pu pouvoir parler !!
- Hum... Plus parler ?... File vite !!
- Hiiiiiiiiiiin !! Tu vois, tu te mooooo-oo-oo-queuuuuuu !!!... Y va me charcuter la trooooonche !!"
Et le même cinéma toute la soirée ... Et le lendemain, jusqu'à ce que Lillie se rende chez le bouch... Heu, le dentiste.
Un grand monsieur carré, pas commode du tout, l'air un peu pervers, qui l'accueille d'une poignée de main ferme et d'un regard limite scanner qui la parcoure des pieds à la tête.
Tout d'un coup, Lillie n'a plus mal, mais plus mal DU TOUT ! Elle pourrait même rentrer chez elle. Mais trop tard, il lui demande de s'allonger sur le fauteuil à torture.
Merdum-merdum ! Ses pieds s'entortillent, elle s'accroche à sa robe, tournicote les coins.
Puis lui montre d'un doigt timide où qu'elle a mal.
Le bou... dentiste, lui pose tout plein de questions.
"- Vous êtes enceinte ?
- Nan, mais par contre j'ai mal aux dents..."
Quelle question à la con !
Il y fait une radio des dents.
"- Z'allez m'arracher une dent ?"
Le ton est banal, mais Lillie pourrait presque se faire pipi dessus tellement qu'elle flippe !
Le dentiste ne répond pas tout de suite. Merdum. Il se racle la gorge et finit par dire :
"- Vous n'avez absolument rien ?
- Qué ?
- Vos dents vont très bien. Pas de carie, pas d'infection.
- J'ai RIEN ? Mais pourquoi j'ai mal ??
- Je ne peux pas vous dire. La douleur vient d'ailleurs.
- A part appeler Mulder et Scully, vous me conseillez quoi du coup ?"
Y s'marre le con.
"- Faut faire des radios"
Des radios...
... Voilà pourquoi Lillie n'aime pas les médecins. Ils soignent jamais rien : ils trouvent toujours autre chose ! A croire que les médecins et les mécaniciens ont fait les mêmes études !
Beeeeeeeeeeeuuuuuuuuuuuuaaaaaa !!!
Le dentiste – Lillie contre les lutins

Il est parti, la voilà seule
Au bout d'une si longue vie
Une photo couleur sépia
Tremble entre ses vieux doigts
Les larmes perlent à ses yeux
Le film se déroule à l'envers...
L'histoire à nouveau se répète
Mais la nuit est tombée...
.......
Le silence de la mémoire
Quand tout se ferme autour d'elle
Dans le bruissement d'aile
De l'oiseau frappé à mort...
Plus un soupir ne viendra l'éveiller
Et l'âme fuyant l'enveloppe charnelle
Un instant encore se posera
Laissant flotter derrière elle
Le silence...
Silence - Galaxie
J'ai rien dit à personne :j'avais rangé mon rêve entre deux vérités
aux mines bien austères,
propres sur elles jusqu'aux yeux.
Fallait pas qu'il déconne !
S'il restait là, gentil, nul n'irait se douter
qu'il n'était qu'un faussaire,
un doux dingue parmi les dieux !
Clandé – A la lune
Ne me laisse pas dans l’hiver d’hier,Dans celui où j’ai eu si froid.
Je vois, les feuilles sont entières
Mais j’ai peur de toi, de moi.
Ne me regarde pas comme une étrangère,
Plissant les yeux sous un faux soleil.
Je ne suis plus, je sais, cette cavalière
Qu’un matin, tu croisas sur le pont de Seille.
Donne-moi cette dernière chance
Laquelle on veut croire, encore une fois.
Tends-moi la main sans effervescence,
Dans la douceur, le calme des doigts.
L’hiver d’hier – Cati